La triche ! Mes dessins sont décalqués !

Ce n’est que de la copie !

Quand j’ai commencé à dessiner, les remarques que je supportais le moins étaient : “Ce n’est que de la copie”. Car, oui, je copiais beaucoup, beaucoup, beaucoup… Mais est-ce que c’était de la triche ?

Les personnes qui faisaient ces critiques ne voyaient pas le travail et avaient cette impression fausse que copier c’est facile. Comme je le dis dans mon article expliquant comment j’ai appris à dessiner, je ne prône pas de copier même si j’ai commencé comme cela !

Piquée au vif par ces remarques, je ne finis par ne plus montrer les dessins que j’avais copié, ou du moins ceux où l’on voyait de manière flagrante que j’avais copié.

Peu à peu je culpabilisais de copier les œuvres des autres.

Plagiat ou inspiration ?

Quand je me confrontai à un monde plus professionnel ou du moins d’amateurs voulant se professionnaliser, ce sentiment s’accentua. Je me souviens de débats très virulents autour du plagiat et de la copie. Se posait régulièrement la question de la limite entre l’inspiration et le vol d’oeuvre, entre la reprise d’une idée et la contrefaçon… Ces débats étaient très émotionnels. La limite est assez flou et c’est souvent à l’appréciation de l’artiste. Certains d’entre eux, jaloux de leur production, traquaient la moindre trace de leur style dans les autres œuvres. Et si ce n’était pas l’artiste lui-même qui le faisait, c’était une armée de fans.

Je précise qu’à l’époque, je ne vendais rien et que je ne dessinais que pour le plaisir. C’est important car il est interdit par la loi de copier l’œuvre d’un autre dans un but commercial. Quant à la copie dans un cadre privé, c’est toléré. Mais quand il y a diffusion, même si il n’y a pas de visée marchande, ce n’est jamais très clair et cela dépend de l’artiste qui est copié.

Tout cela se passait au moment où j’avais peu de temps car j’étais en études supérieures et lorsque je dessinais il fallait que je sois productive. J’avais donc trouver une astuce pour ne jamais manquer d’inspiration. Je parcourais des sites regroupant des photos d’art et lorsque l’une d’entre elles me touchait, je la redessinais à ma façon. Mais était-ce du plagiat ? Du vol ? Je me sentais honteuse d’avoir besoin de m’inspirer d’images ou d’idées pour créer.

Même si je dessinais au quotidien, j’avais cette idée utopique que l’art devait naitre de l’esprit du créateur seul et que toute forme d’inspiration dégradait l’œuvre.

J’hésitais alors longuement à montrer mes dessins car j’avais peur d’être jugée si quelqu’un connaissait mon image de référence. J’hésitais aussi à la citer car je craignais alors que mon dessin ne soit méprisé car ce n’était “que de la copie”.

Pendant des années je fut tiraillée ainsi.

De la copie au décalquage

Lorsque j’obtins un contrat d’édition pour ma BD “Coup de théâtre”, je sus que je devrais produire beaucoup et efficacement. L’histoire se passe au XVIIème siècle à Londres dans des lieux historiques. L’inspiration devenait nécessaire pour les costumes et les décors.

Fort de mon expérience en architecture, je m’appliquais à rendre mon processus le plus efficace possible. À partir d’images historiques, je modélisai en 3D tous les lieux qui seraient présents dans mon livre. Plus besoin de construire la perspective à chaque case, il me suffisait de placer la camera avec le bon angle et le tour était joué.

Pour le dossier de présentation, je m’acharnais à tous redessiner, par peur du grand courroux de la copie ou pire, du décalquage ! Mais, je m’affranchis bien vite de ces préoccupations lorsque je dus rendre une planche par semaine ! Je partais donc directement de mes modèles pour faire mes décors.

Quand aux personnages, je finis par me prendre en photo dans la position souhaitée et par décalquer. Quel gain de temps ! Plus besoin alors de passer des heures à faire un croquis pour avoir les bonnes proportions et les bonnes positions.

Ce que je fais maintenant quotidiennement !

À partir de ce moment, j’avais évacué le problème de droits d’auteur car toutes les images m’appartenaient. Et pourtant, le petit diable sur mon épaule me criait sans relâche :

“Tricheuse ! Tu n’es qu’une copieuse !”

C’est pour cela que pendant toute la création de la BD, je n’ai jamais osé montrer comment je m’y prenais. J’avais l’impression que, comme je ne dessinais pas tout de tête, mon travail avait moins de valeur.

Le Syndome de l’imposteur

Au fil de mes réfléxion, je découvris que ce sentiment de culpabilité portrait un nom : le syndrome de l’imposteur.

Les personnes atteintes du syndrome de l’imposteur, appelé aussi syndrome de l’autodidacte, expriment une forme de doute maladif qui consiste essentiellement à nier la propriété de tout accomplissement personnel. Ces personnes rejettent donc plus ou moins systématiquement le mérite lié à leur travail et attribuent le succès de leurs entreprises à des éléments qui leur sont extérieurs. Elles se perçoivent souvent comme des dupeurs-nés qui abusent leurs collègues, leurs amis, leurs supérieurs et s’attendent à être démasquées d’un jour à l’autre.
Wikipédia

Pourtant je savais bien que, depuis toujours, les Hommes avaient créé des outils pour automatiser au maximum leur travail et réduire leurs efforts. L’art ne déroge pas à cette règle. Les grands peintres avaient non seulement des modèles mais aussi des outils pour mesurer parfaitement les proportions voire pour décalquer. Ils n’avaient pas de compas dans l’oeil, mais bien un compas en main ! Ou d’autres outils : comme la camera obscura ou encore l’épiscope.

Et de nos jours, un outil extraordinaire existe : l’ordinateur. Est-ce que les anciens aurait tant culpabilisé à l’utiliser ? Je pense que oui ! Les débats de ce genre ont toujours existé et existeront toujours.

Quoiqu’il en soit, aujourd’hui, j’ai fait un gros travail pour être en paix avec moi-même et avec ma façon de dessiner. Créer ce blog et ma chaine youtube a été un immense pas dans ma vie d’artiste. Et, je prends beaucoup de plaisir à partager avec vous tout mon procédé.

N’hésitez pas à vous en inspirer si vous en avez envie.

Et vous, ressentez-vous aussi ce syndrome de l’imposteur dans votre domaine ?

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