Pourquoi lire des contes à ses enfants ?

Cela faisait un moment déjà que je voulais parler des contes. Pour écrire cet article j’ai lu énormément de choses sur le sujet, mais il y a un livre en particulier qui m’a définitivement convaincu de l’importance des contes : le petit traité d’éducation conversatrice de Pierre-Henry Argenson. Une grande partie des idées que j’ai mises dans cet article sont tirées de ce livre.

Quand j’étais petite, nous allions très souvent à la bibliothèque avec ma maman. Elle avait aussi l’habitude de nous emmener à toutes sortes de brocantes pour acheter des livres. C’est sûrement grâce à cela que le goût de la lecture m’est venu très tôt. Mais, ce qui m’a le plus marquée, ce n’est pas tous ces livres que nous avons lu ensemble, mais les histoires qu’elle nous racontait.

Ma maman a un don merveilleux, elle donne vie aux histoires.

famille belette dessin stylisé portrait personnalisé pique nique

Je me souviens des soirées où nous n’avions pas d’électricité à cause des cyclones car j’habitais à l’ile de la Réunion. Nous allions alors, ma maman, mon frère et moi, sous un drap avec une lampe de poche. Là, elle nous racontait des histoires de Ti-Jean ou d’autres contes traditionnels réunionnais.

Je me souviens aussi de ces après-midis interminables pendant les vacances scolaires où je ne savais pas quoi faire. Nous nous allongions alors toutes les deux sur mon lit et regardions les nuages par la fenêtre pendant qu’elle m’inventait des histoires.

Il y a en a une en particulier qui m’a profondément marquée même si je ne me souviens pas de tous les détails. Il s’agissait d’une fille dont la maman avait été kidnappée. Pour la retrouver et la sauver, sa fille devait réaliser 7 épreuves. La dernière était de remplir un puit. Cependant, pour cela, il fallait faire plusieurs allers-retours depuis une rivière avec un seau. Il fallait ainsi passer sur un pont sous lequel se trouvaient des sirènes dont le but était de faire tomber la fille dans l’eau en l’hypnotisant avec des paroles. La fillette devait accomplir sa tâche longue et pénible sans se laisser distraire par les sirènes tout en restant parfaitement silencieuse. Elle se mit donc à chanter dans sa tête tout en faisant ses allers-retours.

Je me souviens de toute l’émotion que j’ai ressenti à ce moment-là. Comme la fillette, je chantais dans ma tête pour ne pas entendre les sirènes. Cette épreuve m’a fascinée. Je ne sais pas si c’est à cause de cette histoire que je suis capable de travailler ou me concentrer sans être distraite ou bien au contraire, que c’est parce que j’en étais capable que cela m’a marquée. Mais le résultat est le même. À chaque fois que je suis concentrée, une petite musique tourne dans ma tête. C’est cette même musique que j’ai entendu lorsque ma maman m’a raconté cette histoire.

Toutes ces histoires qui ont marqué mon enfance ont un point commun : ce sont des contes.

Qu’est-ce qu’un conte ?

Le conte est un récit d’origine populaire possédant des caractéristiques spécifiques.

Un récit merveilleux et symbolique

Le conte ne cherche pas à être vraisemblable ni réaliste. Il nous projète dans un monde éloigné du monde réel pour nous faire rêver. Il nous dessine un univers symbolique où chaque personnage, chaque objet, chaque situation nous invite à nombreuses interprétations.

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Une structure narrative typique et simple, presque simpliste.

Dans son livre le héros aux milles visages, Joseph Campbell a décortiqué les contes de nombreux pays pour en ressortir leurs points communs. Il met ainsi en lumière ce qu’il appelle monomythe. Tous les mythes et légendes mais aussi tous les contes traditionnels, quel que soit leur pays d’origine ou leur culture, suivent les mêmes schémas archétypaux.

Ainsi la structure narrative d’un conte correspond au fameux schéma narratif que nous connaissons tous.

  • Situation initiale
  • Élément perturbateur
  • Suite de péripéties
  • Résolution
  • Situation finale

Si Joseph Campbell détaille plus profondément ce schéma – il décrit 16 étapes et pas seulement de 5 – le structure reste similaire. Ce schéma est si banal qu’on pourrait de prime abord le qualifier d’ennuyeux . Et pourtant, aujourd’hui encore, ce schéma est repris. Ainsi, Fred Godefroy, dans son livre Comment écrire des romans à succès propose lui aussi une méthode qui s’appuie sur ce schéma narratif pour écrire des histoires qui accrochent.

Des personnages archétypés

De même, comme l’a aussi mis en avant Joseph Campbell, les personnages des contes sont des archétypes. Ce sont des modèles idéaux et universels qui ont par conséquent des rôles très définis. Ainsi, nous connaissons tous la figures du héros, personnage principal reconnu pour sa bravoure et ses talents exceptionnels (ex : Hercule). Tout le monde sait aussi qui est un antagoniste, qu’on peut appeler plus communément “le méchant” (ex : Dark Vador). On reconnait sans problème le mentor qui prend le héros sous son aile pour l’aide à maitriser ses dons (ex : Gandalf)… De cette façon, dans les mythes et les contes, les personnages n’ont une importance que par la fonction qu’ils occupent. La complexité de leur psychologie n’est pas le centre ni l’intérêt de l’histoire.

Mais pourquoi ces histoire du fond des âges, vues et revues, reprises et adaptées sont-elles toujours d’actualité ?

Les contes c’est la vie !

portrait livre de famille belette stylisé fille lit

Non seulement parce qu’ils parlent de la vie, mais en plus ils nous insufflent la vie. Ils nous font vivre, comme j’en témoigne dans ma petite anecdote du début. De plus, contrairement à d’autres histoires comme les romans, ils n’ont pas été écrits par une personne au cours de sa vie, mais ils se sont construits à l’échelle de générations. Ils touchent ainsi, au fil de leurs modifications et améliorations, le cœur même de ce qui fait la nature humaine.

Les contes nous apprennent à devenir des adultes libres

Comme dit, l’intérêt du conte ne tient pas dans les sentiments des personnages, ni même dans les lieux – les descriptions y sont d’ailleurs souvent sommaires- mais les épreuves auxquelles font face le ou les protagonistes. Le but de la situation initiale n’est que de faire intervenir ces fameuses péripéties qui sont alors comme des passages initiatiques qui font grandir le héros. La transformation du héros ne tient pas tant à ses exploits pour franchir chaque obstacle mais à sa capacité à les affronter voire à les provoquer.

“L’épreuve est la raison d’être du conte, la matière même de son enseignement” Marthe Robert, préface des contes de grimm.

Voilà qui reflète en tout point la vie. On ne peut pas devenir adulte si l’on ne quitte pas l’enfance, si l’on ne quitte pas ses repères sécurisants que sont sa famille, sa maison, ses habitudes, si on ne fait pas face à des épreuves.

Les contes mettent ainsi en scène les différents obstacles vers ce cheminement pour grandir et s’épanouir.

  • Le premier obstacle : Soi-même. Le héros doit accepter d’aller à l’aventure, il doit aller au-delà de ses peurs et de ses appréhensions
  • Le second : les personnes proches qui nous abandonnent (par exemple par la mort) ou nous trahissent. Dans les contes, c’est la figure du père tyrannique ou de la belle-mère qui est plus effrayante que les dragons à combattre !
  • Enfin, le troisième : le temps. Le héros n’arrive pas à accomplir sa tâche immédiatement. Il traverse des périodes de désert ou de désespoir. Il apprend et nous apprend la patience et la persévérance.

Mais inversement, les contes parlent aussi des qualités nécessaires. C’est cela qui est fascinant et qui nous tient en haleine. Le conte révèle le chemin obligatoire, difficile, jonchés d’obstacles au premier abord infranchissables mais que le héros arrive à passer. Ces obstacles qui lui permettent au final d’accéder à la maturité.

Pourquoi lire ou raconter des contes aux enfants ?

portrait de famille belette stylisé papa et enfants

J’ai bien dit lire (ou alors raconter) des contes et pas leur faire regarder des dessins animés. La lecture à des nombreuses vertues qui sont essentielles dans le développement d’un enfant, vertues qu’on ne trouve pas dans les vidéos.

Et, encore plus que les autres types d’histoires, les contes agissent sur l’inconscient. C’est dans l’enfance que notre cerveau sera le plus capabe de ranger tout cela pour les ressortir au moment opportun. Ainsi lorsque l’enfant sera lui-même confronté aux épreuves de la vie d’apparance insurmontables, toutes ses images viendront nourrir sa volonté et lui donner les forces d’avancer.

Aussi, le conte met en parallèle deux idées à priori contradictoires. D’un côté “les gentils” sont récompensés par d’heureux bienfaiteurs. Notons tout de même que la naiveté n’est pas encouragée dans le conte et est d’ailleurs souvent sévèrement punie comme dans le petit chaperon rouge. D’un autre côté, le conte met en scène “des méchants” qui réussissent malgré leur manque flagrant de bonté, d’amour ou de courage. Ou encore, ils mettent en scène des situations dangereuses voire mortelles qui se résolvent non pas par les talents et l’héroisme du protagoniste, mais grâce à la ruse, la chance (comme dans Blanche Neige), à la tricherie (comme dans Le Chat Botté) voire par le meurtre de légitime défense (comme dans Hansel et Gretel ou Le Petit Poucet). Enfin, il est très rare que les crimes soient pardonnés.

Cette contradiction encore une fois met en lumière ce qu’il se passe dans le vie. Nos réussites (de même que nos échecs) ne sont pas uniquement dûs à notre bonté ou à nos dons mais aussi à la chance, au sort, à la Providence…

Ainsi, la leçon a tirer des contes est que si nous n’avons pas de pouvoirs sur les épreuves qui nous tombe dessus, nous avons un controle sur la façon d’y réagir.

Prenons notre destin en main !

Ainsi j’ai le plaisir de vous citer une passage du Seigneur des anneaux qui résume parfaitement ce dilemme :

Frodon : “Je voudrais que l’anneau ne soit jamais venu à moi, que rien de tout ceci ne se soit passé”.
Gandalf : “Comme tous ceux qui vivent des heures si sombres, mais ce n’est pas à eux de décider. Tout ce que nous devons décider, c’est que faire du temps qui nous est imparti”.

La volonté, l’endurance et la fermeté dans l’adversité voilà les qualité mises en avant pour devenir libre.

Le conte ne dit pas ce qui est bien, mais comment arriver à ses objectifs.

Les contes comme un guide de survie

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Le conte est une sorte de guide de survie pour atteindre ses aspirations profondes malgré les injustices et les atrocités des Hommes. Il nous aide à trouver le chemin sinueux entre l’ordre et le chaos. Les contes n’invitent pas seulement à rétablir l’ordre, ce qui est la mission du héros type Avengers, mais d’abord à accepter l’irruption du chaos dans notre vie et à aller vers l’inconnu.

C’est pourquoi ces contes qu’on nous a raconté dans notre enfance contituent une partie de nos ressources psychiques pour affronter la violence du monde. C’est aussi pour cela que le conte est un genre sérieux presque sacré qui se transmet de générations en générations.

Et, certains psychiatres vont encore plus loin, vantant les vertues thérapeutiques des contes, comme Pierre Laforgue. Selon lui, les contes aident l’enfant à entrer de manière non angoissante dans le monde et permet de mettre fin ou du moins d’amoindrir à certains troubles internes comme l’autisme.

Les contes sont-il sexistes?

Peut-on encore lire des contes aujourd’hui sans risque de transmettre à nos enfants le message que les femmes sont des nunuches qui se font sauver par des princes charmants ? Les débats fusent.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je dirai qu’il existe suffisamment de contes dans le monde pour éviter si on le souhaite les contes que l’on considère comme sexistes. Il y a des contes qui parlent de l’amour fraternel ou parental ou d’autres qui ne parle tout simplement pas d’amour. Il y en a qui mettent en scène des filles et d’autres des garçons qui ne cherchent pas à se marier. Il y en a d’autres encore qui mettent en scène des animaux ou encore des objets. Je crois qu’on peut sans trop de problème trouver des contes correspondant à nos sensibilités sans bouder tout le genre.

Cependant, concernant ces fameux contes sexistes, il est important de le rappeler, les contes n’ont pas vocation au réalisme ! Blanche-neige ou la belle au bois dormant sont si belles et ont tellement de chance qu’elles ne ressemblent à aucune femme réelle. Et même les enfants ne s’y trompent pas et se rendent vite compte de l’impossibilité des situations.

Pour autant, il faut être honnête. Dans les contes de fées, les femmes veulent souvent un mariage radieux et les hommes s’enrichir ou devenir des princes. Les personnages étant archétypaux, leurs désirs sont de fait souvent stéréotypés. Le but du conte est de partir des désirs les plus communs, atemporels et universaux pour parler de la nature humaine. Mais encore une fois, ce sont les épreuves qui sont intéressantes. L’audace, la débrouillardise, la chance et la possibilité de sortir de sa situation d’origine, les personnages et leurs désirs ne sont que des prétextes. La fin spectaculaire, irréaliste ou “sexiste” importe peu.

Ainsi, les contes invitent les enfants affronter leurs peurs, à devenir libre, à prendre leur destin dans un monde où la plupart des places sont déjà prises. Ce qui est ironique, c’est que grace à leur tradition orale, les contes ont toujours réussi de manière mystérieuse à se transmettre de générations en générations. Et pourtant, ils portent un message qui peut être très subversif dans des sociétés parfois profondément figées, moralisatrice ou totalitaire.

Serons-nous la première génération à ne pas perpétuer ces traditions millénaires ?

Que dire de la violence des contes ?

Je ferai avant tout remarquer que la violence d’une histoire racontée ou lue n’est en rien comparable à celle vue dans des films ou même des dessins animés. Je me m’étendrai pas sur les dessins animés actuels car je ne les connais pas, mais déjà dans les premiers dessins animés Disney, les personnages ne font que tomber et se taper dessus ! Cette violence soit disant comique n’a aucun sens, surtout pour un enfant.

Or, la violence des contes est d’une autre nature, elle sert le récit, elle n’est jamais gratuite. Car, on ne peut pas le nier, les contes sont parfois très violents, je pense par exemple à Barbe Bleue. Il s’agit alors de faire preuve de discernement, de savoir en tant que parent, si notre enfant est prêt à entendre ce qui est raconté. Encore une fois, il y a plétore de contes et tous ne sont pas violents.

Pour autant, je crois qu’il ne faut pas supprimer toute violence. En tant que guide, le conte introduit à la vraie vie remplie de violences, même si on peut le déplorer. Mais, je pense qu’il n’est pas souhaitable que les enfants grandissent en étant complètement déconnectés de cette réalité.

Enfin, les adultes ne sont malheureusement pas les seuls à l’origine de la violence. Les enfants eux-même peuvent se montrer très violents. Même si on pourrait débattre en disant que c’est parce qu’ils imitent les adultes, le résultat est le même. Ainsi, lorsque l’enfant est confronté à la violence dans un monde symbolique où elle n’est pas absurde, non seulement il se familiarise à la brutalité du monde mais il apprend par la même occasion à apprivoiser ses propres pulsions, sa colère, ses frustrations… Mais le conte pousse aussi à se révolter contre l’injustice et apprend la compassion, pour peut-être un jour ne pas, à son tour, répendre de violences dans le monde réel.

Enfin, comme le conte prend appui sur la nature humaine intangible et cruelle, il enseigne une paix réelle et réaliste. Cette harmonie n’est que passagère et repose sur un équilibre instable et en perpétuel changement.

En fait, le conte c’est l’opposé de l’utopie et de l’idée de l’homme nouveau, c’est l’homme de toujours.

Quelle place pour la magie dans les contes ?

Comme je l’ai dit dans cet article, je n’aime pas les histoires avec de la magie. Et pourtant les contes en sont truffés !

En fait, la magie n’est pas transformatrice ni du monde ni des gens, elle n’est pas créatrice et elle n’est pas décisive. La magie ne rend pas les personnages bons ou mauvais, elle ne fabrique pas de richesses ou de paysages durables. Elle n’est en fait qu’un appui, un “coup de pouce” aux résolutions déjà prises par les personnages.

Et la magie permet aussi accessoirement de raconter l’histoire plus rapidement sans nous perdre dans des explications vraisemblables ! Encore une fois, ce n’est pas le but.

En conclusion

Les contes ont trois grandes vertues pour les petits mais aussi les grands.

  1. les contes construisent notre monde intérieur qui nous permettra d’affonter les difficultés de la vie
  2. les contes participent à la construction de l’intelligence, de l’affectivité et de la spiritualité
  3. les contes nous ouvrent un chemin pour découvrir qui nous sommes et devenir libres.

Alors, lisons et racontons des contes à nos enfants !

Et vous, lisez-vous des contes à vos enfants ?

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4 thoughts on “Pourquoi lire des contes à ses enfants ?

  1. J’ai la chance que mon grand sache lire. Du coup, c’est lui qui se lit des contes, et il pose vraiment beaucoup de questions ! Sur la logique de l’histoire, son sens, sa possible réalité… Que de richesse dans sa tête !

  2. Un article très riche sur l’univers du conte ! J’ai lu longtemps à mes deux enfants, des contes mais pas seulement. Mes enfants étaient aussi très friands de livres éducatifs dans de multiples univers. Une fois qu’ils ont su lire, ils ont commencé à lire seuls le soir mais continuent d’aimer que je leur fasse la lecture bien qu’étant ado !

  3. Oui clairement et la situation actuelle permet de prendre ce temps
    Et raconter ces histoires donne l’occasion de travailler le placement de la voix pour créer de la rassurance

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